Éducation et judaïsme, entre profane et sacré

Convier à une rencontre avec l'Être-Juif, rendre compte de sa singularité telle que conceptualisée par l'enseignement juif, voilà l'intention de ce présent ouvrage. Peuple au caractère « métaphysique » avec le messianisme comme vecteur, appelé à participer à l'accomplissement de l'idéal messianique dont il est porteur, c'est cette vocation là - assumée ou pas - qui définit le peuple Juif. C'est à la lumière de ce postulat que l'auteur aborde les sujets tels que l'antisémitisme, la Torah et ses lois, le masculin et le féminin dans l'enseignement juif, Être Autre face à l'impératif de la tolérance, Israël enfin, autant de thèmes qui mettent en exergue l'amplitude et le retentissement du facteur messianique dans le constitutif de l'identité juive. Car, en définitive, c'est cette factualité qui octroie une intelligibilité aux improbables méandres de l'Histoire qui tiennent lieu de la destinée juive.

L’ouvrage

Pour le judaïsme, chantre de l’Unicité divine,  toute dichotomie est entièrement due à la perception humaine puisque dans l’absolu, toute réalité est obligatoirement Une. Aussi, le profane et le sacré, loin de constituer des pôles figés dans une opposition irrémédiable, reflètent uniquement le ressenti subjectif d’une absence ou d’une présence divine. 
Dans cet ordre d’idée, « enseignement profane » définit une transmission d’un savoir où Dieu est absent. Absence qui n’est, cependant pas définitive puisque toute science désigne également une affiliation à Dieu. C’est cette opinion-là qui, globalement, sera retenue par tous ceux, de Maïmonide à Hirsch en passant par le Maharal et le Gaon de Vilna, qui, au cours des âges, prôneront l’intégration du savoir profane dans l’enseignement juif.


Seulement voilà, de profane à profanation, il n’y a qu’un pas rapidement franchi. Le savoir profane, qui décrit une réalité indépendante de toute volonté divine, ne risque-t-il pas d’induire un ‘hillul, un processus visant à établir un monde vide de Dieu ? Dès lors, pourquoi délaisser les quatre coudées sécurisantes de la Halakha pour s’engager dans de voies semées d’embûches ? Ces considérations seront à la base des points de vue défendus par ceux qui, à l’exemple du Rachba, ibn Gabbay, le ‘Hatam Sofer et de nombreuses autorités rabbiniques contemporaines, s’opposeront à l’insertion des « sciences extérieures » dans l’éducation juive.


Survolant 2000 ans de confrontation entre éducation religieuse et savoirs laïcs, cet ouvrage offre donc de restituer toute la richesse contenue dans ces diverses opinions élaborées par les penseurs juifs d’hier et d’aujourd’hui.

A propos du livre « Éducation et judaïsme, entre profane et sacré »

Il y a vingt ans, paraissait notre livre « La Thora et les sciences » qui traitait le même sujet que celui publié actuellement  sous le titre « Éducation et judaïsme, entre profane et sacré ». Est-ce le même ? Bien sur que non !


Déjà, l’actuel est un condensé de celui paru antérieurement même si la chronologie des sujets traités a été respectée. Mais en dehors de ce fait, « Éducation et judaïsme, entre profane et sacré » a été pour, la plupart, entièrement réécrit, et surtout, n’aboutit pas nécessairement aux mêmes conclusions que celles exposées précédemment dans « La Thora et les sciences ». Des chapitres que nous considérons comme essentiel, comme par exemple, ceux consacrés au Maharal, au Gaon de Vilna, à Rabbi Tsadok Hacohen, à S.R. Hirsch, à Rav Kook et d’autres encore, ont été revus et paradoxalement élargis malgré que dans son ensemble, le livre ait été considérablement écourté.  « Il n’y a de lieux d’études sans ‘Hiddouch » – affirment nos Sages. C’est que le caractère infini de la Thora suppose qu’on y décèle à chaque fois de nouveaux aspects qui ne s’étaient pas révélés auparavant. 


En ce qui nous concerne, cela se vérifia  particulièrement pour le Maharal et le Gaon de Vilna. On sait que leurs thèses relatives à l’enseignement profane ont toujours jeté un certain trouble, si ce n’est un trouble certain. Dans ce présent ouvrage, nous avons tenté une approche novatrice, un éclairage qui nous semble infiniment plus passionnant que celui classiquement proposé. C’est dire que nous avons cherché à concilier les prises de position du Maharal et du Gaon avec l’ensemble de leur enseignement tel que celui-ci se révèle dans leurs écrits, approche qui, espérons-le, réussira à convaincre le lecteur.


 En définitive, le présent ouvrage propose une démarche identique à celle entreprise il y a vingt ans, c'est-à-dire, un survol de 2000 ans d’histoire juive. Toutefois, le resserrement du sujet nous a obligé d’aller à l’essentiel en approfondissant, dans la mesure du possible, l’aspect idéologiques des thèses en présence, et en insistant moins sur la petite histoire comme ce fut le cas dans« La Thora et les sciences ».

Henri Infeld

Avant propos du livre « Éducation et judaïsme, entre profane et sacré »

par Hervé Landau,
Directeur de la collection « Lectures du judaïsme » aux éditions P.U.F.

C’est aux fondements de la foi que renvoie la problématique des sciences profanes, à travers toutes les formes que peut prendre l’éducation dans le judaïsme. Ses enjeux sont donc des plus vitaux et, par ricochet, des plus tangibles. La vie et la mort de ce peuple témoin y sont liées, puisqu’on ignore qui, de ceux qui aborderont les « sciences externes », se maintiendra dans la foi, et qui l’abandonnera pour avoir goûté de cet autre fruit. Rien d’étonnant, dès lors, que la polémique ait pris, de manière précoce dans l’histoire de la tradition juive et de ses querelles légendaires, une ampleur considérable. Rien de surprenant non plus à ce que ses implications sociologiques y aient été fortes, voire violentes, mais dans tous les cas récurrentes. Plus calme durant la période qui mène de la naissance du peuple juif à la destruction du Second Temple, cette vigueur du débat s’exacerbe à partir du haut Moyen Âge, pour connaître une évolution en dents de scie, mais toujours plus actuelle jusqu’à notre époque.


Plus curieuse apparaît cependant l’ignorance des positions très nombreuses qui ont animé ce débat depuis plus de mille ans, émanant de maîtres réputés pour quantité d’autres enseignements, mais rarement pour ce type de questions.


C’est sans doute là le mérite le plus extraordinaire du présent ouvrage. Alors que le débat sur la laïcité des sociétés occidentales et sur leurs rapports au fait religieux gagne en importance au sein de nos débats publics et identitaires, Henri Infeld repositionne profondément notre lecture de cette question appliquée au plus sensible des domaines qu’elle interpelle, celui de l’éducation. À ceux qui pensaient la chose tranchée de longue date, il montre comment, pour le judaïsme, elle ne l’a jamais été et que, vraisemblablement, elle ne le sera jamais. À ceux qui jugent qu’il n’y a qu’une manière d’être juif ou d’être, simplement, en religion, il démontre que seules la tolérance et l’ouverture, humaines et intellectuelles, permettent de vivre et de survivre.
À la connaissance encyclopédique qu’il déploie pour nous, Henri Infeld ajoute une écriture vive et agréable, qui procurera sans aucun doute au lecteur la force d’assumer, toujours plus, la complexité et la diversité de l’humain.

H. Landau